À l’occasion de la Journée internationale des espèces menacées célébrée le 11 mai 2026, le réseau Congo Basin Conservation Society CBCS-Network a lancé un appel solennel aux groupes armés opérant dans et autour des aires protégées de la République démocratique du Congo. Dans un communiqué de presse au ton ferme, les organisations membres dénoncent l’escalade des atteintes contre la biodiversité du Bassin du Congo et exigent l’arrêt immédiat du braconnage, des massacres d’espèces rares et de l’occupation illégale des espaces protégés.

Selon cette coalition de la société civile environnementale, la multiplication des conflits armés dans plusieurs provinces de la RDC accélère la destruction des écosystèmes et menace directement des espèces emblématiques telles que les éléphants, les hippopotames, les okapis, les grands singes ou encore les perroquets gris. Les organisations signataires accusent certains groupes armés de transformer les aires protégées en zones d’exploitation illégale des ressources naturelles, notamment à travers le trafic de bois précieux, l’exploitation minière clandestine et le commerce illicite de produits fauniques.
Des aires protégées transformées en zones de conflit
Dans le Nord-Kivu, la situation du Parc national des Virunga demeure particulièrement préoccupante. Le communiqué fait état de massacres d’éléphants, de trafic illicite de ressources naturelles ainsi que d’attaques répétées contre les écogardes chargés de la protection du parc.
Au Sud-Kivu, le Parc national de Kahuzi-Biega subit une dégradation progressive de son couvert forestier sous l’effet de l’exploitation minière illégale et du commerce du charbon de bois destiné notamment aux villes de Bukavu et Goma. Les organisations environnementales dénoncent également le massacre d’hippopotames dans la plaine de la Ruzizi et autour du lac Tanganyika, où ces animaux seraient désormais utilisés comme source de ravitaillement alimentaire.
Dans le Haut-Katanga, l’attaque du quartier général du Parc national de l’Upemba à Lusinga, dans la nuit du 2 au 3 mars 2026, illustre l’ampleur des violences visant les structures de conservation. Cette attaque attribuée à des miliciens armés a coûté la vie à plusieurs agents engagés dans la protection de la biodiversité.
La situation reste également alarmante en Ituri où la Réserve de faune à okapis est confrontée au braconnage intensif des okapis et à l’exploitation minière illégale. Au Maniema, les organisations environnementales signalent l’occupation de certaines zones de conservation par des groupes armés impliqués dans l’exploitation des bois rouges et des minerais, notamment dans le domaine de chasse de Lwama-Kivu et autour du Parc national de la Maiko.
Un risque écologique majeur pour le Bassin du Congo
Pour les acteurs environnementaux, ces destructions constituent une menace grave contre l’équilibre écologique du Bassin du Congo, deuxième plus grand massif forestier tropical du monde après l’Amazonie. Ils rappellent que la disparition progressive des habitats naturels pourrait entraîner des conséquences irréversibles sur les chaînes alimentaires, le climat et les moyens de subsistance des populations locales.
Le communiqué insiste sur le fait que les dommages causés à la nature ne sont « ni moralement ni légalement acceptables » et appelle au respect des engagements internationaux de la RDC en matière de conservation de la biodiversité et de lutte contre la criminalité environnementale.
Vers la reconnaissance de l’écocide
Les organisations membres de CBCS-Network affirment poursuivre leur plaidoyer auprès du Sénat et de l’Assemblée nationale afin d’obtenir l’intégration du crime d’écocide dans la législation congolaise. Cette démarche s’inscrit dans le débat international visant à faire reconnaître l’écocide comme un crime contre l’humanité dans le cadre du Statut de Rome de la Cour pénale internationale.
Pour Josué Aruna, directeur pays de CBCS-Network et ambassadeur écologique du Bassin du Congo, les crimes commis contre la biodiversité congolaise sont désormais largement documentés et pourraient engager des responsabilités devant la justice nationale et internationale.
À travers cette déclaration, la société civile environnementale congolaise entend alerter l’opinion nationale et internationale sur l’urgence de protéger les aires protégées de la RDC face à la montée des violences armées et des crimes environnementaux qui fragilisent l’avenir écologique de toute la région.
Serge GATA
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