Faut-il encore douter du changement climatique ?
CHANGEMENT CLIMATIQUE : APRÈS LES CATASTROPHES, QUI PEUT ENCORE FAIRE SEMBLANT DE NE PAS VOIR ?
À l’heure où les catastrophes météorologiques se succèdent sur les différents continents, la question semble presque dépassée. Les faits, eux, sont de plus en plus difficiles à ignorer. Inondations meurtrières, incendies dévastateurs, sécheresses prolongées, températures extrêmes et recul des glaciers dessinent les contours d’une planète profondément transformée.
Le constat scientifique est désormais sans ambiguïté. Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) affirme que les activités humaines ont sans équivoque provoqué le réchauffement climatique. Entre 2011 et 2020, la température moyenne mondiale était déjà supérieure d’environ 1,1 °C à celle de la période préindustrielle 1850-1900. Le GIEC souligne également que le changement climatique d’origine humaine influence déjà les phénomènes météorologiques extrêmes dans toutes les régions du monde.
Et la tendance ne s’est pas inversée.
Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), les onze années allant de 2015 à 2025 sont les onze années les plus chaudes jamais enregistrées. L’année 2025 a été la deuxième ou la troisième année la plus chaude depuis le début des relevés, avec une température moyenne mondiale estimée à environ 1,43 °C au-dessus du niveau de 1850-1900.
L’année 2024 avait déjà établi un record historique : environ 1,55 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle, ce qui en faisait l’année la plus chaude jamais observée.
Il suffit désormais de regarder autour de nous.
En Asie, les glaciers de l’Himalaya subissent une perte importante de masse, avec des conséquences directes sur les ressources en eau et les risques d’inondations glaciaires. Au Népal, l’OMM a notamment documenté plusieurs crues d’origine glaciaire en 2025. En mai et juin de cette seule année, trois événements de ce type avaient déjà frappé la région de l’Hindu Kush-Himalaya. Le 7 juillet 2025, deux inondations d’origine glaciaire ont encore frappé le Népal.
Ces phénomènes ne signifient évidemment pas que chaque inondation, chaque incendie ou chaque sécheresse est provoqué exclusivement par le changement climatique. La réalité scientifique est plus complexe. Mais le réchauffement climatique modifie les conditions dans lesquelles ces événements se produisent et peut accroître la fréquence ou l'intensité de nombreux phénomènes extrêmes.
Le GIEC estime notamment que l’influence humaine a contribué à l’évolution de plusieurs extrêmes climatiques, notamment les vagues de chaleur, les fortes précipitations et certaines sécheresses. La fonte et le recul généralisé des glaciers sont également fortement liés à l’influence humaine.
La planète n’est donc pas simplement confrontée à quelques accidents météorologiques isolés. C’est l’équilibre du système climatique qui est en train de changer.
LE PARADOXE : UNE URGENCE CONNUE, UNE ACTION ENCORE INSUFFISANTELe plus grand paradoxe de notre époque est peut-être celui-ci : nous savons.
Nous savons que les émissions de gaz à effet de serre réchauffent la planète. Nous savons que les océans absorbent une immense quantité de chaleur. Nous savons que les glaciers reculent. Nous savons que les populations les plus vulnérables sont souvent celles qui ont le moins contribué historiquement au réchauffement.
Et pourtant, les émissions mondiales demeurent élevées.
L’OMM indique que le déséquilibre énergétique de la Terre a atteint en 2025 son niveau le plus élevé depuis le début de cette série d’observations, il y a 65 ans. Au cours des deux dernières décennies, l’océan a absorbé chaque année une quantité d’énergie équivalente à environ 18 fois la consommation énergétique annuelle de l’humanité.
Face à ces chiffres, l’inaction ne peut plus être considérée comme une simple absence de décision. Elle devient une question de responsabilité collective.
Les intérêts économiques, les impératifs énergétiques et les rivalités géopolitiques continuent certes de peser lourdement sur les choix des États. Mais une planète plus chaude signifie aussi davantage de risques pour l’agriculture, l’eau, les infrastructures, la santé, les économies et les populations.
La question n’est donc plus de savoir si le changement climatique existe.
La véritable question est de savoir jusqu’où nous sommes prêts à laisser aller ses conséquences.
LA RDC : UN GÉANT ÉCOLOGIQUE QUI DOIT ÊTRE MIEUX VALORISÉDans cette bataille climatique mondiale, la République démocratique du Congo occupe une position stratégique.
La RDC abrite une partie essentielle du bassin du Congo, deuxième plus grande forêt tropicale du monde. Selon la Banque mondiale, environ 67 % du territoire congolais est couvert de forêts, soit quelque 145 millions d’hectares, qui stockent l’équivalent d’environ 85 milliards de tonnes de CO₂.
Le potentiel écologique du pays ne s’arrête pas à ses forêts.
Les tourbières du bassin central du Congo constituent l’un des plus grands réservoirs de carbone des écosystèmes tropicaux. Le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) estime que les tourbières de la région stockent environ 29 milliards de tonnes de carbone. Le bassin du Congo absorberait par ailleurs près de 1,5 milliard de tonnes de CO₂ par an.
Ces chiffres donnent une autre dimension à la responsabilité de la RDC : protéger ses forêts n’est pas seulement une affaire congolaise. C’est aussi contribuer à la stabilité climatique mondiale.
Mais un paradoxe demeure : les pays qui abritent certains des écosystèmes les plus importants de la planète ne disposent pas toujours des moyens financiers nécessaires pour les protéger tout en améliorant les conditions de vie de leurs populations.
La question du financement climatique devient dès lors essentielle.
Dans le cadre du partenariat entre la RDC et l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), les États donateurs se sont engagés à mobiliser 500 millions de dollars sur la période concernée pour soutenir les politiques de protection du capital forestier et le développement durable en RDC. En 2023, plus de 121 millions de dollars de nouveaux financements CAFI ont notamment été approuvés pour plusieurs projets congolais, portant le financement approuvé cette année-là à 136 millions de dollars.
Ces financements sont importants, mais ils montrent également l’ampleur du défi : préserver une forêt de cette dimension tout en permettant aux populations rurales de vivre dignement nécessite des mécanismes financiers durables, prévisibles et beaucoup plus ambitieux.
PROTÉGER LA FORÊT, MAIS AUSSI PROTÉGER L'HUMAINLa protection de l’environnement ne peut pas être conçue contre les populations.
Une famille qui dépend du charbon de bois pour cuisiner, un agriculteur qui défriche pour nourrir ses enfants ou une communauté qui exploite les ressources naturelles pour survivre ne peut pas être simplement désignée comme responsable de la déforestation.
Il faut proposer des alternatives.
C’est tout le sens des mécanismes de paiements pour services environnementaux, qui permettent de rémunérer directement des agriculteurs ou des communautés lorsqu’ils adoptent des pratiques permettant de préserver ou de restaurer les écosystèmes. La CAFI présente notamment ces mécanismes comme un moyen de réduire la déforestation tout en améliorant les revenus ruraux.
La lutte contre le changement climatique doit donc être simultanément une lutte pour le développement, l’accès à l’énergie, l’agriculture durable, l’emploi et la réduction de la pauvreté.
QUE PEUT FAIRE LE CITOYEN ?Face à l’ampleur du problème, le citoyen pourrait être tenté de se croire impuissant. Ce serait une erreur.
L’action climatique commence par les comportements individuels, mais elle ne doit surtout pas s’arrêter là.
Le citoyen doit s’informer, refuser la désinformation climatique, protéger son environnement immédiat, réduire lorsque cela est possible son empreinte écologique, participer aux initiatives communautaires de reboisement et de protection de la nature, mais aussi demander des comptes aux entreprises et aux responsables publics.
Il doit également comprendre que la protection du climat est une question politique et économique. Les citoyens ont le droit d’exiger des politiques publiques fondées sur la science, des investissements dans les énergies propres, une meilleure gestion des déchets, la protection des forêts et des mécanismes transparents de financement climatique.
Car il serait injuste de demander uniquement aux individus de sauver la planète pendant que les grandes décisions économiques continuent d’être prises sans intégrer suffisamment le coût environnemental.
L'HEURE N'EST PLUS AU DOUTE, MAIS À LA RESPONSABILITÉLe changement climatique n’est plus une menace lointaine annoncée pour les générations futures. Il est déjà inscrit dans les données scientifiques, dans la hausse des températures, dans le recul des glaciers, dans les bouleversements du cycle de l’eau et dans les événements extrêmes qui frappent les populations.
Le véritable débat ne devrait donc plus opposer ceux qui « croient » au changement climatique à ceux qui en doutent.
Le débat doit désormais porter sur la vitesse, l’ampleur et la justice de notre réponse.
La planète n’a pas besoin de discours supplémentaires. Elle a besoin d’engagements respectés, de financements effectivement mobilisés, de politiques cohérentes et de citoyens vigilants.
Et la République démocratique du Congo, avec ses forêts, ses tourbières et son immense biodiversité, ne devrait pas être considérée uniquement comme une bénéficiaire de l’aide climatique.
Elle devrait être reconnue comme l’un des acteurs stratégiques de la stabilité écologique mondiale.
Car protéger les forêts du bassin du Congo, ce n’est pas seulement sauver des arbres.
C’est protéger l’eau, la biodiversité, les communautés, l’économie et, au bout du compte, une partie de l’avenir climatique de l’humanité.
Redaction Green Impact Media
Commentaires et likes
Aucun commentaire pour le moment.