Agro écologie
Agriculture et accès aux marchés en RDC : produire ne suffit pas; le cas de la Mongala
Dans les zones rurales de la République Démocratique du Congo, l’agriculture reste au cœur des moyens de subsistance. À Bongandanga, dans la Mongala, les ménages dépendent largement des cultures vivrières pour se nourrir et générer des revenus. Cependant, produire ne garantit plus un revenu stable. Le véritable enjeu réside désormais dans l’accès aux marchés et la diversification des sources de revenus.
Une agriculture vivrière sous pression des marchésÀ Bongandanga, le système agricole repose principalement sur deux principales cultures : le manioc, plus résilient, qui assure la sécurité alimentaire et le maïs, plus facilement commercialisable, qui génère du revenu. Cet équilibre a été fragilisé en 2025 par une chute brutale du prix du maïs, passé de 150 000 FC à 50 000 FC le sac. Cette baisse, liée notamment à une diminution de la demande à Kinshasa, a fortement impacté les producteurs.
Face à cette situation, les stratégies ont évolué: environ 50 % des agriculteurs continuent à cultiver le maïs malgré les risques alors que les autres se replient sur le manioc, plus sûr mais moins rentable. Cette dynamique révèle une vulnérabilité structurelle : les producteurs dépendent des marchés sans en maîtriser les mécanismes.
Les agriculteurs doivent constamment arbitrer entre nourrir leur famille et générer un revenu monétaire. Dans un contexte marqué par le manque d’infrastructures, la difficulté d’accès aux marchés et l’absence d’information fiable sur les prix, les décisions deviennent prudentes. Le manioc s’impose comme une culture de sécurité, tandis que le maïs est désormais perçu comme risqué. L’agriculture joue alors davantage un rôle de filet de sécurité que de levier de développement économique.
Diversification économique : un levier d’autonomisationFace aux limites de l’agriculture, certaines initiatives locales encouragent la diversification des revenus. Le Centre d’Autonomisation des Femmes Environnementales et Éducationnelles (CAFEE) en est un exemple. À Bongandanga, il propose des formations en couture destinées principalement à des jeunes femmes de 16 à 25 ans, dont 80 % sont des filles-mères. Ces formations visent à réduire la dépendance à des activités instables en permettant l’accès à des revenus réguliers.
La couture offre des revenus modestes mais relativement stables ( chemise homme : 7 000 à 10 000 FC, vêtements femme : 10 000 à 15 000 FC; vêtements enfants : 5 000 FC; uniformes : 15 000 FC).
Cette régularité constitue un avantage important par rapport aux revenus agricoles soumis aux fluctuations du marché. Elle permet aux femmes de mieux couvrir les dépenses essentielles comme la scolarité, la santé ou l’alimentation. Au-delà des revenus, la diversification influence les comportements.
À Bongandanga, on observe une réduction progressive de la vente de viande de brousse; un intérêt croissant pour des activités durables ainsi qu'un effet d’entraînement au sein des communautés. Le changement ne repose pas uniquement sur la sensibilisation, mais sur des exemples concrets d’alternatives viables.
Malgré ces progrès, plusieurs obstacles persistent
Pour l'agriculture, une dépendance à des marchés éloignésfaibles infrastructures de transport et de stockage en plus des chaînes de valeur peu organisées est constatée alors que por le volet diversification, le manque d’équipements et un accès limité au financement crient très fort.
Ces limites freinent l’impact des initiatives. Néanmoins, l’expérience de Bongandanga montre que produire ne suffit pas : il faut connecter la production aux marchés. Pour renforcer l’impact économique, plusieurs pistes se dégagent :améliorer l’accès aux marchés; soutenir la diversification des revenus: faciliter l’accès aux équipements, etc..
Une approche intégrée reliant production, transformation et commercialisation est essentielle. L'agriculture reste indispensable, mais ne peut à elle seule améliorer durablement les conditions de vie. Les initiatives de diversification, notamment en faveur des femmes, apportent des solutions concrètes. Mais leur efficacité dépend d’un environnement économique plus structuré. La combinaison entre agriculture, accès aux marchés et diversification des revenus apparaît comme la clé d’un développement plus résilient.
Rachel EMISAVE
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