Environnement

CONGO, « L’ÉTAT-ONG » : ADAMS CASSINGA INTERROGE LES LIMITES D’UN ÉTAT QUI VEUT TOUT CONTRÔLER

CONGO, « L’ÉTAT-ONG » : ADAMS CASSINGA INTERROGE LES LIMITES D’UN ÉTAT QUI VEUT TOUT CONTRÔLER
Gouvernance, conservation, société civile : dans un extrait de son prochain ouvrage intitulé « Congo, l’État-ONG », Adams Cassinga pose une question centrale : à quel moment le contrôle de l’État cesse-t-il de renforcer les institutions pour commencer à les fragiliser ?

Image après l'introduction
 Et si la puissance d’un État ne se mesurait pas au nombre d’autorisations qu’il délivre, mais à sa capacité à faire fonctionner durablement ses institutions ? C’est l’une des thèses développées par Adams Cassinga dans un extrait de son prochain livre, Congo, l’État-ONG, transmis à la rédaction de Green Impact Média.

Dans ce texte consacré à la gouvernance, l’auteur s’attaque à une conception du pouvoir public fondée sur l’omniprésence administrative. Pour lui, un État fort n’est pas nécessairement celui qui approuve tout, intervient partout et centralise chaque décision. Il est avant tout celui qui fixe une vision, établit des règles lisibles, protège l’intérêt général et veille à leur application.

Quand la gouvernance bascule dans la microgestion

Adams Cassinga met en garde contre ce qu’il décrit comme une dérive vers la « microgestion ». Dans un tel système, explique-t-il, la réussite d’une initiative peut progressivement dépendre moins de la qualité d’un projet que de la capacité de son promoteur à accéder aux bonnes personnes.

Entrepreneur, organisation de la société civile, chercheur ou acteur de la conservation : chacun risque alors de consacrer une partie croissante de son énergie à rechercher des autorisations, des intermédiaires ou des relations personnelles.

Pour l’auteur, cette évolution comporte un risque institutionnel majeur : le passage d’une administration fondée sur des règles à un système où les relations deviennent déterminantes.

Une telle situation, soutient-il, peut également créer un environnement favorable aux pratiques de corruption, lorsque l’accès à une opportunité dépend davantage de la proximité avec une autorité que de critères transparents et prévisibles.

La conservation au cœur du paradoxe

C’est dans le secteur environnemental que l’auteur situe l’un des exemples les plus révélateurs de cette tension.

La RDC dispose d’un patrimoine naturel exceptionnel, notamment à travers ses forêts, ses écosystèmes et sa biodiversité. Sa protection exige, selon Cassinga, un État capable de garantir la souveraineté nationale, d’établir les politiques publiques, de faire respecter la législation et de veiller à ce que les ressources naturelles profitent à la population.

Mais cette responsabilité ne devrait pas nécessairement conduire l’administration à gérer chaque opération sur le terrain.

Une étude scientifique, un programme communautaire, le sauvetage d’une espèce menacée ou encore un projet d’économie durable devraient d’abord être évalués, selon cette vision, au regard de critères institutionnels : conformité à la législation, contribution aux priorités nationales et respect des standards requis.

La question ne devrait donc pas être de savoir « qui connaît qui », mais si l’initiative répond aux exigences fixées par la République.

Le paradoxe de « l’État-ONG »

Le titre du livre renvoie précisément à cette contradiction.

Dans plusieurs secteurs, les ONG et autres organisations non étatiques sont devenues des partenaires importants pour répondre aux besoins des populations, soutenir les communautés, produire de l’expertise ou intervenir dans des zones où les capacités publiques restent limitées.

Mais Cassinga décrit un cercle qui peut devenir contre-productif : lorsque l’État manque de capacités opérationnelles, des acteurs extérieurs interviennent pour combler les déficits ; lorsque ces acteurs deviennent indispensables, les mécanismes administratifs peuvent parallèlement chercher à renforcer leur contrôle sur leurs activités.

Le risque, selon l’auteur, est alors double : les organisations consacrent davantage de ressources à naviguer dans les procédures qu’à résoudre les problèmes, tandis que les capacités propres de l’État tardent à se consolider.

Pour un État régulateur plutôt que gestionnaire de tout

L’auteur ne plaide pas pour un retrait de l’État. Au contraire, son propos repose sur une distinction entre État faible et État stratégique.

Dans le modèle qu’il défend, l’État conserve ses fonctions régaliennes et son rôle de régulateur. Il fixe les orientations, garantit les règles et protège l’intérêt public. Les institutions publiques assurent le cadre, tandis que les communautés, les ONG, les chercheurs et le secteur privé apportent leurs compétences, leurs capacités opérationnelles et leur capacité d’innovation.

Dans le domaine de la conservation, cette répartition des rôles prend une dimension particulière : les communautés ne devraient pas être considérées uniquement comme des bénéficiaires, les organisations comme de simples exécutantes et l’État comme l’unique acteur capable de décider.

Une réflexion qui dépasse le seul secteur environnemental

À travers Congo, l’État-ONG, Adams Cassinga élargit ainsi le débat sur la gouvernance congolaise. Son interrogation dépasse la conservation pour toucher à une question institutionnelle plus vaste : comment construire un État dont les mécanismes fonctionnent indépendamment des individus qui occupent temporairement les fonctions de pouvoir ?

L’enjeu, dans cette perspective, n’est pas de savoir combien de décisions peuvent être contrôlées depuis le sommet, mais combien de procédures peuvent fonctionner correctement sans intervention personnelle.

Le message central de l’extrait tient finalement en une formule : un État fort n’est pas celui qui fait tout, mais celui qui crée les conditions permettant à chacun de faire correctement ce qui relève de sa responsabilité.

Une réflexion qui ouvre un débat essentiel sur l’avenir de la gouvernance, de la société civile et de la conservation en République démocratique du Congo.

Rédaction Green Impact Média 

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