Dans la province du Sud-Kivu, le charbon de bois demeure la principale source d’énergie utilisée pour la cuisson des aliments dans de nombreux ménages. Cette dépendance croissante suscite toutefois des inquiétudes quant à la pression qu’elle exerce sur les ressources forestières de la province.

Chaque jour, des sacs de charbon de bois sont acheminés vers les marchés de Bukavu depuis plusieurs territoires du Sud-Kivu, notamment Kabare, Kalehe et Walungu. Pour de nombreuses familles, ce combustible reste le moyen le plus accessible et le moins coûteux pour préparer les repas, en raison du coût élevé ou de l’accès limité à d’autres sources d’énergie.

Selon Bahati Paswa Dieudonné, coordonnateur de la conservation de la nature et du développement communautaire dans la région des Grands Lacs, les besoins énergétiques des ménages sont légitimes, mais leur satisfaction repose souvent sur une exploitation non durable des ressources forestières.

« Les ménages ont besoin d’énergie pour cuisiner, mais l’exploitation non contrôlée du bois-énergie entraîne une réduction du couvert forestier, une perte de biodiversité et une dégradation des sols », explique-t-il.

Pour lui, cette question ne doit pas être considérée uniquement comme un problème environnemental.

« Dans nos territoires, la problématique du charbon de bois est aussi liée à la pauvreté des ménages et à la faible productivité agricole », ajoute-t-il.

Une menace croissante pour les forêts

Selon Bahati Paswa Dieudonné, l’utilisation intensive du charbon de bois contribue à la dégradation du couvert forestier, à la disparition d’habitats naturels et à la perte de services écosystémiques essentiels.

« La pression exercée sur le bois-énergie s’ajoute à d’autres facteurs tels que la déforestation, les feux de brousse, l’expansion agricole, l’exploitation non durable du bois et l’occupation de zones écologiquement fragiles », souligne-t-il.

Face à cette situation, il estime qu’il est nécessaire de promouvoir des solutions alternatives telles que les foyers améliorés, le gaz domestique, les briquettes écologiques ou encore les programmes communautaires de reboisement.

Selon les données citées par Vital Kulimushi et attribuées à Global Forest Watch, plus de 80 000 hectares de couvert forestier ont été perdus entre 2001 et 2020 dans les territoires de Kalehe, Kabare et Mwenga. Cette situation illustre l’ampleur de la pression exercée sur les ressources forestières du Sud-Kivu par l’urbanisation et la demande croissante en bois-énergie. 

Selon un article publié par Mongabay le 28 septembre 2026, entre 200 et 250 tonnes de charbon de bois entreraient quotidiennement dans la ville de Bukavu, où plus de 90 % des ménages urbains utilisent cette source d’énergie pour la cuisson des aliments. Cette forte consommation accroît considérablement la pression sur les forêts des territoires qui approvisionnent la capitale provinciale. 

Des réalités économiques difficiles à ignorer

Du côté des consommateurs, les contraintes économiques restent déterminantes. Rencontrée dans le quartier Panzi à Bukavu, Jeanne Mukengere, mère de famille, affirme que le charbon de bois demeure le combustible le plus accessible pour son ménage.

« Nous utilisons le charbon parce qu’il est disponible et moins coûteux que d’autres sources d’énergie. Si des alternatives abordables existaient, beaucoup de familles pourraient les adopter », témoigne-t-elle.

Le recours au charbon de bois met ainsi en évidence un défi majeur : comment répondre aux besoins énergétiques croissants des populations tout en préservant les forêts ?

Face à cette situation, plusieurs organisations environnementales, services techniques de l’État et acteurs de la société civile plaident pour une transition énergétique progressive. La promotion des foyers améliorés, des briquettes écologiques, du gaz domestique et des programmes communautaires de reboisement figure parmi les solutions envisagées pour concilier les besoins énergétiques des populations et la préservation durable des forêts du Sud-Kivu. 

Par Jean Iragi - Green Impact Media