Dans de nombreux pays africains, la conscience de l’importance de l’environnement a considérablement progressé ces dernières années. Les enjeux liés à la déforestation, au changement climatique ou à la perte de biodiversité sont aujourd’hui connus par une grande partie des acteurs, des communautés locales aux décideurs. Cependant, dans les contextes marqués par des urgences sociales persistantes telles que la pauvreté, l’insécurité alimentaire ou l’accès limité aux services de base, l’intégration effective des préoccupations environnementales dans les priorités quotidiennes reste un défi. Ce constat soulève une question centrale pour les ONG, les décideurs et les partenaires au développement :Comment articuler de manière concrète et durable les enjeux environnementaux et les enjeux sociaux dans les pratiques de développement ?
Une dichotomie héritée, mais dépassée
Historiquement, les politiques de développement ont souvent séparé deux champs :vd’un côté, les programmes sociaux et économiques; et de l’autre, les initiatives environnementales. Cette logique a contribué à créer une perception durable : l’environnement serait un “plus”, non une nécessité immédiate.
Or, cette séparation ne reflète plus la complexité des réalités actuelles.
En République Démocratique du Congo, comme dans une grande partie du continent, les moyens de subsistance des populations sont directement liés à l’état des ressources naturelles: (terres agricoles, forêts, ressources halieutiques, eau); ce qui nous induit à dire que "l’environnement n’est pas une variable externe au développement : il en est la condition".
Quand la dégradation écologique devient un facteur d’instabilité sociale
Les effets de la dégradation environnementale ne sont plus abstraits. Ils se traduisent déjà par :
la réduction des rendements agricoles la raréfaction des ressources naturelles l’augmentation des conflits liés à l’accès à la terre ou à l’eau la vulnérabilité accrue des populations face aux chocs climatiquesDans ce contexte, la pression exercée sur les ressources naturelles devient à la fois une conséquence de la pauvreté et un facteur qui l’aggrave. Un cercle vicieux s’installe : plus les communautés sont vulnérables, plus elles dépendent de pratiques non durables pour survivre.
Vers une approche intégrée : une exigence, pas une option
L’enjeu pour les acteurs du développement n’est plus de choisir entre environnement et social, mais de concevoir des interventions qui répondent simultanément aux deux. Cela implique de placer l'Homme au centre de cette démarche tout en:
intégrer la conservation dans les stratégies de développement co-construire les solutions avec les communautés promouvoir des alternatives économiques durables valoriser les savoirs locauxDes approches comme :
la gestion communautaire des ressources l’agriculture durablela planification d'utilisation des terres les chaînes de valeur responsablesmontrent qu’il est possible d’aligner objectifs environnementaux et moyens de subsistance.
La communication : un levier encore sous-exploité
Dans ce contexte, la communication joue un rôle stratégique souvent sous-estimé. Au-delà de la sensibilisation, il s’agit de :
changer les perceptions (environnement = survie, pas luxe) rendre visibles les liens entre dégradation écologique et bien-être humain valoriser les solutions localesUne communication efficace permet de :
faciliter l’adhésion des communautés renforcer la redevabilité des institutions mobiliser les partenaires et financementsassurer l'appropriation et la durabilitéChanger de paradigme pour transformer l’impact
Pour les organisations non gouvernementales opérant en RDC et ailleurs, la question n’est plus de savoir si l’environnement doit être intégré aux programmes de développement. La vraie question est : "comment le faire de manière systématique, cohérente et durable" ?
Face à l’accélération des crises climatiques et sociales, maintenir une séparation entre environnement et développement reviendrait à traiter les symptômes sans s’attaquer aux causes profondes.
Repenser cette
relation n’est plus un choix stratégique.
C’est une condition essentielle pour garantir un impact durable.
Rachel EMISAVE
Très instructif 👌