Kinshasa, le 18 juin 2026 – À l'occasion de la commémoration du 66ᵉ anniversaire de l'indépendance de la République démocratique du Congo, le Centre Interdisciplinaire de Recherche et d'Application en Développement Durable (CIRADD), en collaboration avec l'Observatoire Congolais du Développement Durable (OCDD) et le Gouvernement de la RDC, a organisé un forum de haut niveau au Salon Rouge du ministère des Affaires étrangères, à Kinshasa-Gombe.
Socio-économique
Développement Durable :POURQUOI LA RDC NE SE DÉVELOPPE-T-ELLE PAS ? S'INTERROGENT LES PANÉLISTES DU FORUM SUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE EN RDC
Placée sous le thème « Pourquoi la RDC ne se développe-t-elle pas ? », cette rencontre a réuni des universitaires, chercheurs, représentants des institutions publiques, du secteur privé, de la société civile ainsi que des partenaires au développement afin d'analyser les causes profondes du sous-développement du pays et de proposer des solutions pour accélérer l'atteinte des Objectifs de développement durable (ODD).
Un paradoxe économique préoccupant
Soixante-six ans après son accession à l'indépendance, la RDC demeure confrontée à de nombreux défis socio-économiques. Selon les données présentées lors du forum, près de 73,5 % de la population vivait en 2024 avec moins de 2,15 dollars américains par jour, faisant du pays l'un des plus touchés par l'extrême pauvreté en Afrique subsaharienne.
Les intervenants ont également évoqué la persistance de l'insécurité dans les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l'Ituri, aggravée notamment par la prise de Goma et de Bukavu en 2025, ainsi que les violences communautaires dans les provinces du Kwango et du Maï-Ndombe liées au phénomène Mobondo.
Pourtant, la RDC affiche une croissance économique soutenue, principalement portée par le secteur minier. Après une croissance du PIB réel de 8,9 % en 2022, celle-ci s'est établie à 8,4 % en 2023. Une performance que les experts qualifient toutefois de « croissance non inclusive », dans la mesure où elle ne se traduit pas par une amélioration significative des conditions de vie de la population.
Identifier les blocages du développement
À travers cette rencontre, les organisateurs ont souhaité mener une réflexion stratégique sur les principaux obstacles au développement durable en RDC et formuler des recommandations destinées à orienter les politiques publiques en faveur de l'émergence du pays à l'horizon 2050.
Les objectifs poursuivis étaient notamment de :
identifier les problèmes structurels freinant l'atteinte des ODD ;
proposer des pistes pour accélérer le décollage économique du pays ;
promouvoir la recherche-action comme levier de création des richesses et de transformation économique.
Trois panels pour explorer les causes du sous-développement
Les travaux ont été organisés autour de trois grands panels.
Le premier panel a porté sur le financement de l'économie congolaise, avec des interventions consacrées à la fiscalité, aux mécanismes de financement, à l'aide publique au développement, aux partenariats public-privé ainsi qu'au climat des affaires.
Le deuxième panel s'est intéressé au renforcement de l'intelligence collective, en abordant notamment le développement des sciences et technologies, l'intelligence économique, la réforme de la justice ainsi que la problématique de la pollution et l'application effective du principe « pollueur-payeur ».
Enfin, le troisième panel a exploré les modèles économiques susceptibles de concilier lutte contre la pauvreté, sécurité alimentaire et adaptation aux changements climatiques, à travers des communications sur la révolution agricole, le développement des chaînes de valeur et les modèles de production durable.
Des recommandations attendues pour orienter les politiques publiques
Les participants ont insisté sur la nécessité de dépasser le simple diagnostic afin de produire des recommandations concrètes susceptibles d'influencer les décisions des pouvoirs publics et des acteurs économiques.
À l'issue des travaux, les experts ont convenu de publier les actes du forum afin de les transmettre aux décideurs politiques et de contribuer au débat national sur le développement durable.
Daniel Mulenda : « Nous devons désormais exiger des résultats »
Intervenant au terme des échanges, le professeur Daniel Mulenda a expliqué la démarche ayant conduit à l'organisation de ce forum.
« Nous avons voulu explorer les causes profondes, souvent passées sous silence, qui expliquent pourquoi la RDC tourne en rond depuis 1960. Nous avons réuni des experts internationaux et des professeurs congolais afin que chacun apporte son analyse sur les difficultés que traverse notre pays. »
Selon lui, les discussions ont mis en évidence que le modèle d'organisation de l'État congolais et de répartition des richesses demeure largement hérité de la période coloniale.
« Ce modèle avait été conçu pour servir d'autres intérêts que ceux de la population congolaise. Aujourd'hui, nous sommes déterminés à publier les actes de ce forum et à les transmettre aux décideurs. Nous ne pouvons plus nous contenter de formuler des recommandations sans en assurer le suivi. Le pays appartient à tous les Congolais et chacun doit assumer sa part de responsabilité pour transformer ces recommandations en actions concrètes. »
Par ce forum, le CIRADD et ses partenaires entendent ainsi ouvrir un espace permanent de réflexion et de plaidoyer afin de contribuer à l'élaboration de politiques publiques capables d'accélérer l'atteinte des Objectifs de développement durable et de favoriser l'émergence de la République démocratique du Congo d'ici à 2050.
Serge GATA
Le développement de la RDC ne dépend pas uniquement des ressources ou des infrastructures. Il est aussi freiné par certaines mentalités, certains comportements et le manque de suivi dans la mise en œuvre des décisions et des projets.