MORATOIRE SUR LES CONCESSIONS FORESTIÈRES EN RDC : LE GOUVERNEMENT PARVIENDRA-T-IL À GARANTIR DURABLEMENT LA PROTECTION DES FORÊTS DU BASSIN DU CONGO ?
Cette annonce, faite lors du briefing de presse du 7 juillet 2026 diffusé sur la RTNC, est saluée par une coalition de 70 organisations nationales et internationales engagées dans la protection de l'environnement, des droits humains et des peuples autochtones. Elle intervient quelques jours après une lettre ouverte adressée à la Première ministre, dans laquelle ces organisations mettaient en garde contre les conséquences environnementales, sociales et économiques qu'aurait entraînées une levée du moratoire.
Pour Bonaventure Bondo, chargé de campagne Forêts – Bassin du Congo à Greenpeace Afrique, cette déclaration constitue un signal encourageant en faveur de la conservation des forêts congolaises.
« Nous saluons cette prise de position de Madame la Ministre. Elle constitue un signal fort en faveur de la protection des forêts du Bassin du Congo et une reconnaissance de l'importance du moratoire pour préserver les droits des communautés, la biodiversité et la stabilité climatique. Cette annonce représente une première victoire de notre plaidoyer collectif. »
DES ENGAGEMENTS À CONSOLIDERMalgré cette avancée, les organisations signataires estiment que cette déclaration politique doit désormais être traduite en garanties juridiques et institutionnelles. Elles rappellent que certains responsables gouvernementaux continuent de soutenir la levée du moratoire et demandent que la révision en cours du Code forestier exclue définitivement toute disposition pouvant remettre en cause cette mesure.
Le directeur exécutif de Rainforest Foundation UK, Joe Eisen, appelle le gouvernement à transformer cette volonté politique en réformes durables.
« Nous encourageons désormais le gouvernement à traduire cet engagement politique en garanties institutionnelles solides, afin que le moratoire et les droits des communautés restent des piliers durables de la gouvernance forestière en RDC. »
LES COMMUNAUTÉS AU CŒUR DE LA CONSERVATIONLes organisations congolaises de la coalition rappellent que les premiers bénéficiaires du maintien du moratoire demeurent les communautés locales et les peuples autochtones, qui assurent depuis plusieurs générations la protection des forêts.
Le coordonnateur national de l'APEM, Blaise Mudodosi Muhigwa, estime que cette décision devra être accompagnée d'actions concrètes en faveur de leurs droits.
« Les communautés locales et les peuples autochtones accueillent favorablement cette déclaration. Elle doit maintenant être suivie d'actions concrètes renforçant leurs droits, leur participation aux décisions et la reconnaissance de leur rôle essentiel dans la conservation des forêts du Bassin du Congo. »
MARCHÉ CARBONE : LES ORGANISATIONS APPELLENT À LA PRUDENCELa coalition prend également acte de la volonté exprimée par la ministre de valoriser les forêts congolaises à travers les mécanismes du marché carbone. Toutefois, elle rappelle que la protection des écosystèmes forestiers ne doit pas être guidée uniquement par des considérations économiques.
Selon les organisations, tout projet carbone doit impérativement respecter le consentement libre, préalable et éclairé (CLIP) des communautés concernées, garantir un partage équitable des bénéfices, mettre en place des mécanismes efficaces de gestion des plaintes et assurer une gouvernance transparente ainsi qu'un suivi rigoureux. À défaut, ces projets risqueraient de perdre leur crédibilité et leur efficacité.
MISER SUR LA FORESTERIE COMMUNAUTAIRELes signataires soulignent également que la foresterie communautaire demeure l'un des outils les plus efficaces pour assurer une gestion durable des ressources forestières tout en favorisant le développement local. Ils plaident aussi pour une diversification des mécanismes de financement de la conservation, notamment à travers les Paiements pour Services Environnementaux (PSE), jugés plus accessibles et mieux adaptés aux réalités des communautés.
Rappelonsque les organisations réaffirment leur volonté de poursuivre un dialogue avec le gouvernement afin de consolider les réformes engagées et de faire des forêts du Bassin du Congo un modèle de gouvernance durable, de justice climatique et de développement respectueux des droits des communautés locales et des peuples autochtones.
Rachel EMISAVE
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